Le musée de lOrangerie présente, en collaboration avec le musée Dolorès Olmedo de Mexico, une exposition consacrée au couple mythique incarné par Diego Rivera 1886-1957 et Frida Kahlo 1907-1954. Loriginalité de la manifestation consiste à présenter leurs œuvres ensemble, comme pour confirmer leur divorce impossible, effectif dans les faits mais aussitôt remis en question après une seule année de séparation. Elle permettra aussi de mieux entrevoir leurs univers artistiques, si différents et si complémentaires, par cet attachement commun et viscéral à leur terre mexicaine : cycle de la vie et de la mort, révolution et religion, réalisme et mysticisme, ouvriers et paysans. La question de lhypnose, à laquelle javais consacré à Cerisy un colloque en 1989 LHypnose, Influence, suggestion, transe aux éditions Synthélabo Les Empêcheurs de penser en rond, revient sur ce point me hanter, et la citation de lanthropologue Paul Stoller qui relate sa demande auprès dun sorcier dAfrique de louest de le conduire auprès des esprits, à quoi lautre répond : One doesnt study the spirits, one follows them, on nétudie pas les esprits, on les suit. Mais comment, en pareilles matières, conserver sa conscience critique ou son billet de retour? Comment régler sa distance pour être à la fois devant et dedans? La relation de Breton à Nadja, objet de tant de polémiques morales et notamment féministes, pose à notre colloque un défi central : tout nest pas un objet détude, jusquà quel point le merveilleux, lamour, la poésie se prêtent-ils à la confortable et refroidie posture universitaire? Cest un personnage énigmatique et étrange. Elle est inquiétante, a un côté sombre, est obsédée par le mal : la main de feu p100, les baisers lui font peur, elle les voit comme une menace p98. Elle est très vite déstabilisée par les gens quelle rencontre p102 Cest également un personnage ambigu et inclassable: son apparence physique change, tantôt élégante p83, le 5 octobre tantôt négligée p72, le 4 et 6 octobre Quand on regarde rétrospectivement la façon dont le Paz signal terrifiant, voilà lorigine dun malentendu tragique. Traduite en 1926, La Science des rêves de Freud va influencer très directement Breton dans la rédaction des Vases communicants. Suivant la méthode prônée par Freud, il y analyse notamment un de ses rêves sans toutefois sattarder, in fine, sur le contenu latent. Car ce qui retient surtout lattention de Breton, ce nest pas tant lélucidation du rêve telle que laurait pratiquée un psychanalyste, mais den reprendre le cheminement, élément par élément, et de vérifier quils proviennent tous de la vie. Il cherche ainsi à réfuter toute dimension transcendante du rêve et de limaginaire, et donc toute idée de dualisme. Marché Saint-Ouen où André Breton rencontre une dénommée Fanny Beznos qui elle aussi est fascinée par Rimbaud. Gravement à Freud. Mais avec Nadja, Breton se trouve devant la vraie folie, celle quon enferme, et, déparée de ses alentours magiques, laliénation de la jeune femme prend des allures inquiétantes, voire sordides, qui découragent toute sublimation poétique. Voici le surréalisme confronté dans ses postulations doctrinales au premier démenti flagrant de la réalité, avant que la question politique ne vienne en présenter dautres : Breton prend peur, abandonne Nadja et salue lindubitable amour quelle ne lui a jamais inspiré dans la passante des dernières pages du livre. Mais il écrit aussi ce roman que Nadja lui a demandé pour rendre compte de leur aventure et attiser jusquà lincandescence les questions dont il ne cessera dêtre agité, fût-ce de manière toute platonique. Vous pouvez retrouver tous ces titres en DVD sur notre boutique :
arts au début de ce siècle, et de la formidable intuition de
est peintre et poète, il participe aux activités du mouvement surréaliste de 1957 à 1969.De tous les artistes de cette dernière période du mouvement, il est un des rares qui ait tenté de lier lexercice du pouvoir de linconscient aux diverses formes de lart contemporain. 36Or cest précisément à un tel travail de substitution du discours propre au prophétisme chrétien que Breton se livre ici. Sefforçant de mettre en place une esthétique attentionnelle qui serait le pendant dans la lecture de sa vision événementiale de lexistence, Breton réinvestit une posture christique de lévénement. Lorsquil revient dans LAmour fou sur la poétique de lexplosante-fixe, il décrit le sentiment poignant de la chose révélée qui sy joue, à travers cet événement dont il attend dans Nadja la révélation du sens de sa propre vie. En saccrochant au paradigme photographique, lœuvre écrite fait une place visible, éprouvée à la notion de révélation. Lhorizon dune révélation esthétique conduit insensiblement vers une temporalité de la parousie ; la sotériologie esthétique se modélise dans le schématisme propre à lévénement christique. La temporalité de lévénement christique fournit le modèle de la relance infinie du texte de Nadja le futur de la dernière phrase thématise cette relance : le surgissement est annoncé mais tout de même inattendu. Ce premier temps lui-même est incomplet puisquil ne représente que la bonne nouvelle dune parousie encore à venir. Apocalypse, révélation dun événement qui termine lHistoire, se présente comme miracle a-causal puis est ressaisi comme accomplissement dune prophétie qui na pas été comprise à temps. Lévénement nest pas rupture mais appel. Lattitude temporelle quil impose nest ni létonnement seul, ni la rupture mais lattention, ou ce que les Évangiles nomment veille. Breton noppose pas tant réel et surréel que réel et vie : la réalité est une notion de combat, cest-à-dire une notion à combattre comme une idéologie néfaste non relationnelle, reposant sur une scission sujetobjet tandis que la vie est la notion-clef du merveilleux quotidien, la présence immanente de la révélation pour qui veut bien faire attention. Or le christianisme primitif est sous-tendu par le concept de vie qui ne dénote aucun naturalisme biologique comme attente. Il sagit de veiller, dêtre en veille, pour ne pas manquer lévénementavènement qui tend à sauto-dissimuler. On comprend que la temporalité évangélique, comme celle de Nadja, repose dabord sur lespérance dune seconde venue. Temporalité tendue, comme la distentio animi de Saint Augustin, entre un déjà là et un pas encore. Le modèle christique est donc larchétype événemential dun événement qui continue à faire événement, tout entier présent et encore à venir. Ce modèle éclaire la fin en apparence assez incohérente de Nadja : dun côté Breton fait droit à un événement-rupture par le blanc et le changement de destinataire, voire même de projet ; de lautre, il compense cette rupture par une écriture lyrique qui agrège les figures féminines précédentes pour en faire des préfigurations de Toi accomplissement et révélation. La référence à une esthétique de la révélation, entre le déjà là surgissant et lattente dun à venir configurant, rend raison dune apparente discontinuité de Nadja. Ainsi, on perd beaucoup à ne pas entendre le discours lyrique final dans sa référence à lévénement christique : parole de célébration et dadoration, statut du destinataire mâtiné de divinité renvoyant au phénomène de lincarnation
lénigme, ils explorèrent une partie du VIe arrondissement : mais en Le manuscrit autographe de lœuvre Nadja dAndré Breton, lun des textes majeurs du mouvement surréaliste, est entré dans les collections de la Bibliothèque Nationale de France le 1er mars. Rédigée en 1927 et composée de 34 feuillets, lœuvre apporte des éclairages précieux sur la technique décriture dAndré Breton grâce aux écrits et annotations de lauteur qui sy trouvent, comme lindique la BNF. elle toujours ainsi, et comme si ce à quoi elles se surréalisme est aussi un mouvement culturel et artistique qui a touché tous les domaines Dans les Nouvelles littéraires du 22 septembre 1928, craint de trahir un texte quil aime. Pour dans Comœdia du 1 er septembre 1928, avec Nadja et le Traité du style de, le saffirme comme le plus grand mouvement de libération intellectuelle quil y ait eu depuis des siècles. De même Georges Altman, ancien du groupe Clarté, dans du 3 décembre 1928, chroniquant ces deux mêmes ouvrages, il affirme qu Aragon et Breton font œuvre de révolte. Cest une œuvre classique dans le surréalisme écrit dans l du 3 septembre 1928. Pour dans La Voix du 1 er novembre 1928, Nadja est le Chef-dœuvre du surréalisme et dans La Nouvelle revue française parue le même jour, Claude Estève écrit que le surréalisme jusquici incline vers limmanence, vers lau-delà intérieur Avec Nadja, certains épisodes ouvrent des aperçus sur une sorte de finalité humaine de lunivers. Pour Georges Dupeyron dans Signaux n 1 du 1 er décembre 1928, Nadja se trouve dans la tradition vraiment française : celle de.. Mais il la renouvelle par une présentation inattendue des vies intérieures et des décors.